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Le Petit Handinaute à Marseille

Des voyages subjectifs et vécus,
ou : "le tourisme est-il soluble dans l'accessibilité ?"

MARSEILLE...


Marseille n'est pas une ville accessible. Avec 20 ans de retard, la ville élabore son plan de circulation pour les personnes à mobilité réduite. De nouveaux bus urbains ont fait leur apparition en 1998 à l'occasion de la coupe du monde de foot ; ils sont climatisés, mais pas accessibles ! Les deux lignes de métro, ainsi que le tramway, sont et resteront par la volonté municipale inaccessibles. Il existe un service de transport adapté géré par le Groupement pour l'Insertion des Personnes Handicapées (GIPH) ; il faut être titulaire d'une carte d'invalidité à 80% et inscrit au préalable. Le trajet coûte de 20 à 40 francs, selon sa longueur, alors qu'un ticket de métro-bus vaut 9 francs et permet de parcourir la ville en tous sens. Une certaine idée de l'égalité entre les gens...

Marseille, c'est la ville dans laquelle j'habite depuis sept ans et dans laquelle j'ai vécu tout au long de ma scolarité primaire et secondaire. Voici une promenade illustrée de quelques chromos, cartes postales du temps de ma naissance...

Photo : Le port de commerce


Marseille est un port de commerce ; c'est une évidence qu'il faut toujours rappeler, tant sont nombreux les marseillais qui veulent l'oublier. Et c'est aux colonies d'Asie et d'Afrique que la cité dut sa prospérité, de 1840 jusqu'à la fin de nos années cinquante. La décolonisation dans la guerre et la douleur a renfermé la ville dans ses collines. Marseille, accostage des colons vaincus que la société ne voulait pas voir, début d'un déclin qui continue aujourd'hui.

Marseille compte actuellement 800.000 habitants ; la population diminue depuis plus de vingt ans, au profit des communes avoisinantes. L'activité industrielle fut florissante durant la période coloniale. Toutes les huileries, toutes les savonneries, toute la métallurgie ont disparu et on peut craindre que la dernière entreprise de grosse réparation navale ait du mal à passer l'an 2000 ! Nous sommes bien loin des rêves de Gaston Defferre, qui régna en monarque durant 33 ans à la tête de la municipalité : Marseille métropole du bassin méditerranéen, plate-forme de commerce international, centre mondial de réparation navale. Aujourd'hui, la ville tente de sortir du gouffre des 25% de chômage et du vide industriel en attirant des entreprises de services et de haute technologie.

"On connaît dans chaque hémisphère notre Canebière. Elle part du Vieux- Port et sans effort, coquin de sort, elle exagère" nous dit la chanson. Jadis, on y cultivait le chanvre (canebe en Provençal). Elle fut la grande artère commerciale, parsemée de brasseries et de cinémas ; il n'en reste que des vestiges, et cette rue est presque déserte le soir.

Photo : la Canebière

Elle marque une frontière entre les quartiers Nord, populaires, et Sud, chics et aisés ; les rues commerçantes partent sur sa... droite. Les trottoirs sont larges, souvent surbaissés, toujours parsemés d'obstacles : plots, poteaux, mobiliers urbains divers, cyclos et scooters... Dans sa partie haute, le long des allées Meilhan, le sol est composé de dalles séparées par un joint "en creux", idéal pour planter les petites roues d'un fauteuil roulant !
Photo : le Quai des Belges

Le Quai des Belges forme l'extrémité du Vieux-Port ; il était autrefois occupé par le Grand Arsenal des Galères. Sur la droite, vous voyez le début de la Canebière. Tous les matins, sur le quai, a lieu un marché au poisson pêché en mer quelques heures plus tôt s'il fait beau... ou au marché de gros de Saumaty si la mer est forte. Rougets, rascasses, poulpes, etc, font le spectacle.


Voici, sur la droite, la rue de la République, percée en 1864 dans le goût hausmanien, qui a détruit le très ancien quartier populaire de Saint-Martin. Les édiles de l'époque voulaient nettoyer ce "nid de révolutionnaires". Jusqu'au XIXe siècle, les habitants y avaient une curieuse chambre d'été ; le soir, ils montaient leurs couches sur le toit, dûment équipé d'une rambarde longitudinale, et dormaient ainsi à la belle étoile...

Photo : le café La Samaritaine et la rue de la République

Photo : le bassin de carénage

Le Vieux-Port fut, jusqu'à l'avènement de la marine à vapeur, le port de commerce ; il est maintenant consacré à la plaisance, les bateaux qui y sont ancrés étant essentiellement des voiliers. Il y a très peu de vieux gréements et aucun yacht luxueux ; à Marseille, la richesse se cache. Ce port est probablement le seul de France à être clôturé ; l'anneau s'y paie cher, et l'adhésion à un club nautique est obligatoire.


Les immeubles de la rive gauche ont été détruits en 1943 sur ordre des occupants allemands et au bénéfice d'affairistes collaborationnistes ; seul l'Hôtel de Ville a été préservé du dynamitage. Les nazis en profitèrent pour déporter les juifs qui résidaient dans ce quartier.

Voici le "pointu", bateau de pêche typiquement marseillais ; il est souvent équipé d'un moteur Baudouin, fabriqué à la Capelette, quartier Est et anciennement industriel. Derrière, le fort Saint-Jean et, face à lui, le fort Saint-Nicolas ferment le port ; ces bastions furent utilisés sous Louis XIV pour tenir en respect des Marseillais qui supportaient déjà mal le centralisme...

Photo : le Vieux Port et le fort Saint-Jean

Le fort Saint-Jean est visitable lors de certaines occasions, telle la journée du patrimoine ; il n'est pas accessible. Le fort Saint-Nicolas est domaine militaire ; il est possible d'accéder en voiture à l'une de ses terrasses qui offre un superbe point de vue sur le Vieux-Port.

Photo : la cathédrale de la Major

Entre le Vieux-Port et le "nouveau" port de commerce se dresse la Major ; c'est la Cathédrale de Marseille ; c'est aussi un massacre architectural. A une époque (XIXe siècle) où la France redécouvrait l'art des bâtisseurs du Moyen âge, la vieille Major était détruite pour laisser la place à cette construction de style romano-byzantin, dont les pierres se délitent sous l'effet des embruns.


Il ne reste de la cathédrale originelle que le chevet (XIIe siècle) qui ne se visite que sur rendez-vous. Comme la nouvelle Major, elle n'est pas accessible.

Mais l'église chérie par les marseillais c'est Notre-Dame de la Garde, haut lieu de piété et de dévotion. Tout le monde y vient faire un voeu à la "Bonne Mère" (même les joueurs de l'OM avant la finale de Coupe d'Europe de 1993). Le premier sanctuaire date de 1214, d'abord ermitage de Maître Pierre qui construisit quatre ans plus tard une chapelle dédiée à Notre-Dame de la Garde. La Basilique, édifiée par Espérandieu et consacrée en 1864, est bâtie au sommet d'une colline et offre un panorama splendide sur la ville, la mer, les îles et le massif de Marseilleveyre, préservé des spéculateurs immobiliers. La statue monumentale de la Vierge à l'enfant est dorée à l'or fin ; on pouvait naguère y monter et admirer le paysage par les ouvertures de la couronne mariale.

Photo : La 'Bonne Mère'

On y accède en voiture (parking haut), puis par un ascenseur qui dessert la nef ; vous y remarquerez la quantité et la variété des ex-voto : stèles, tableaux (marines, pour la plupart), maquettes de bateaux et d'avions (notamment Canadairs de lutte contre l'incendie). Vous pourrez, c'est la tradition, faire brûler un cierge dans la chapelle Saint-Charles (ne vous étonnez pas si le préposé l'éteint et le stocke, par manque de place). La crypte, comme souvent, n'est pas accessible.

Photo : le palais Longchamp

Vers le nord-est du centre-ville, le Palais Longchamp fut construit pour célébrer l'arrivée de l'eau canalisée de la Durance. Sa réalisation fut confiée à l'architecte Espérandieu, qui s'inspira tellement du projet de Bartholdi (le sculpteur de la Statue de la Liberté) que ce dernier gagna son procès en plagiat !


Face au bâtiment, vous voyez de superbes jeux d'eaux ; le jardin public qui est derrière le palais abrita le zoo et son bassin à dauphins, fermés et détruits depuis au moins dix ans. L'aile droite abrite le musée d'Histoire Naturelle, et la gauche celui des Beaux-Arts ; les deux sont inaccessibles en fauteuil, et le personnel "n'est pas habilité pour aider les personnes handicapées" nous dit-on au téléphone...

Nous voici à présent place Castellane, point de départ du Prado. Cette avenue ombragée, large et longue, était bordée d'immeubles bourgeois et d'hôtels particuliers du XIXe siècle ; des immeubles modernes les remplacent progressivement. Ici commencent les quartiers riches, aux rues privées fermées par des portails.

Photo : la place Castellane

Les quelques bastides qui ont survécu aux spéculateurs sont bien cachées derrière de hauts murs, dissimulées par des parcs aux grands arbres. La colonne et la fontaine en marbre blanc datent de 1911 ; elle furent offertes par le riche industriel Jules Cantini. Elles servent fréquemment d'exutoire à des manifestants (la manif est une activité locale très prisée !).

Photo : la plage du Prado et la rade

Au bout du second Prado, le profil de la rade a changé depuis les années cinquante. La longue plage de sable du Prado n'existe plus. Les millions de mètres cubes de terre provenant de la construction du métro, d'un grand émissaire et de la station souterraine d'épuration ont été déversés là pour former de nouvelles plages.


Fait unique depuis l'interdiction de construire sur des terrains gagnés sur la mer (1975), un ensemble de bars restaurants a été bâti face à l'hippodrome d'été. La plage de Prado Nord est dotée d'un nouvel équipement pour les personnes en fauteuil roulant, qui peuvent ainsi s'adonner au plaisir de la baignade ; souhaitons à ce dispositif un meilleur entretien que le précédent, sale, inadapté et englué par les algues et la moisissure...

Terminons cette promenade en chromos par l'anse de Maldormé ; les maisons de pêcheurs ont fait place aujourd'hui à des demeures bourgeoises. Au loin, vous voyez la promenade de la Corniche, transformée au milieu des années soixante en autodrome panoramique sinueux et dangereux. Elle porte actuellement le nom de J. F. Kennedy.

Photo : l'anse de Maldormé

Suivre ces liens pour découvrir...
Quelques poncifs,
Quelques curiosités,
Quelques marseillais célèbres,
Quelques activités festivalières (été 99),
Quelques personnes handicapées au stade Vélodrome,
Quelques aspects contrastés de la politique municipale...

MARSEILLE ONLINE : Il y a bien quelques centaines de sites consacrés à Marseille. Pour ne pas faire de jaloux, nous ne présenterons ici que celui, marqué de l'estampille "officiel", de la Ville de Marseille... Il n'est pas accessible aux aveugles et malvoyants et aucune page n'est consacrée au Service Municipal des Handicapées et Inadaptés. Vous y trouverez quand même quelques informations sur des hôtels, restaurants ou lieux culturels accessibles.


Marseille, on t'aime (quand même) !


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