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Le Petit Handinaute Illustré : polémique

Ces sujets quotidiens qui nous empoisonnent la vie...

MARRE DE L'AVION !




Les cas de discrimination vis-à-vis des personnes handicapées voyageant par avion sont d'actualité ces temps-ci en France. Ils mettent aussi en lumière un relâchement certain dans l'accessibilité du transport aérien pour les personnes ayant besoin d'une assistance.

Une accessibilité en régression. Rappelons-nous l'époque pas si lointaine où des sièges placés en tête de cabine étaient réservés aux personnes handicapées. Lors de "l'ouverture à la concurrence", les compagnies privées ont érigé en "plus" commercial la réservation et l'attribution d'une place précise ; résultat, les handicapés moteurs sont dorénavant placés en fonction des disponibilités et se retrouvent en milieu voire queue d'avion. Air France applique maintenant le même système, qui gène tout le monde, personnel d'assistance ou navigant comme passagers ; les transferts sont plus difficiles à faire à cause de l'espacement réduit entre les sièges qui rend aussi ardu le déplacement des passagers assis sur la même rangée, l'éloignement des toilettes rend leur accès difficile voir impossible. Des compagnies américaines font mieux encore, en allouant un siège central à des paraplégiques ou infirmes moteurs cérébraux ; ils sont alors cloués sur leur siège durant tout le voyage, ne pouvant par exemple aller aux WC sans faire se lever la moitié d'une travée (lire à ce sujet l'article du "Voyageur grincheux" sur ABC News).

Sur certains avions court-courriers, les personnes nécessitant une assistance sont refusées. C'est le cas sur la liaison Air France Mulhouse- Lyon (article du 4 Juillet 1999, Journal L'Alsace), ou en Italie pour les vols Alitalia Naples- Gènes (lire la campagne de protestation). La TAP Air Portugal intègre le fauteuil roulant dans le poids des bagages ce qui lui permet de facturer une éventuelle surtaxe, nous informe un de ses clients, Monsieur Haddad. Ryanair, compagnie irlandaise qui vante ses bas prix, facture l'assistance aux personnes handicapées. Air France oblige sans prévenir les groupes à se scinder, en invoquant son règlement de sécurité, ce qui contraint par exemple les membres d'une équipe handisport à étaler les départs et multiplie ainsi les transferts, nous raconte Jean-Pierre Becker (message du 18 juin 1999 à lire dans le forum).

Les aménagements posent parfois problème ; ainsi la nouvelle aérogare F de Roissy 2 est-elle équipée de toilettes accessibles immenses... sans loquet à la porte, pour permettre au personnel de secourir un utilisateur en cas de besoin (même chose à Milan nous dit-on). Bonjour la tranquillité au petit coin s'il n'y a personne pour garder la porte !

La discrimination à portée de réacteurs. Il n'y a pas qu'en France que des cas de discrimination sont mis en évidence. Nous annoncions en septembre dernier que la compagnie nord- américaine Continental Airlines se voyait réclamer par l'administration une amende de 250.000 $ pour treize affaires prouvées.

Mais Air France s'est placée cet été sous les projecteurs pour plusieurs refus d'embarquement de handicapés mentaux voyageant seuls, et une surtaxe réclamée aux personnes obèses (cf Yahoo Actualité). Histoire de nous rappeler que le règlement du transport aérien de passagers rend les handicapés coupables de leur invalidité ! Comment considérer autrement l'obligation imposée, notamment aux handicapés mentaux, de consulter leur médecin traitant qui doit délivrer un certificat médical, valable pour un seul voyage, transmis ensuite au médecin de la compagnie aérienne qui autorise l'embarquement... à moins que le commandant de bord ne le refuse ? C'est oublier que l'état de santé physique et mental des personnes autonomes est stabilisé. C'est aussi considérer les handicapés comme potentiellement dangereux pour eux- mêmes ou leur environnement. C'est nier leur capacité à s'intégrer dans cette micro société devenue si banale que celle d'une carlingue d'avion.

La compagnie nationale "laisse entrevoir une réglementation plus souple concernant le transport de passagers handicapés" dans une lettre récemment adressée au ministre des Transports. Elle rappelle qu'elle transporte annuellement 250.000 passagers demandant une assistance. Et son PDG, Jean- Cyril Spinetta, de passer à l'offensive dans un entretien accordé le 16 septembre à RTL (lire le résumé sur Yahoo Actualité) et une tribune libre publiée par Le Monde du 22 septembre sous le titre "Air France sans coeur ?". Les employés de la compagnie seraient blessés par ces critiques, alors qu'ils "participent à l'effort collectif de leur entreprise pour l'intégration des handicapés et leur protection contre toute forme de discrimination". Pourtant, le PDG d'Air France ne peut faire oublier un règlement devenu inadapté par sa lourdeur, alors que le voyageur lambda peut acheter son billet au comptoir d'une aérogare quinze minutes avant le décollage. Il passe sous silence la méconnaissance reprochée à son personnel des besoins particuliers et des comportements à adopter vis-à-vis de certains types de handicaps.

On peut enfin s'étonner que Jean-Cyril Spinetta se drape dans sa dignité de père d'une enfant handicapée (atteinte de surdité) tout en assurant ne pas vouloir polémiquer. En quoi cela rendrait-il sa compagnie plus ouverte aux différences ? Michèle Demessine, Secrétaire d'État au Tourisme, a un fils handicapé, nous apprend l'Humanité ; elle a créé une commission "Tourisme et handicap" dans son ministère, mais pourtant son silence dans ces affaires de discrimination a été véritablement assourdissant. Une des filles de Jacques Chirac était handicapée ; est-ce à cela que l'on doit les lois d'orientation du 30 juin 1975 et celle sur l'emploi du 10 juillet 1987, périodes durant lesquelles il était premier ministre ? Que dire alors du sort réservé aux invalides durant la Présidence du Général de Gaulle, dont la fille était pourtant handicapée mentale ?

Personne de sensé ne niera la nécessité de réglementer le transport aérien, pourvu que les directives soient claires et absentes de discrimination larvée. Mais le rythme frénétique dans lequel ce dernier est entraîné depuis quelques années l'a amené à laisser sur le tarmac des personnes auxquelles il rend le meilleur des services : les handicapés.



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