Ce mois-ci : "Les handicapés veulent-ils sortir de leur (si confortable) ghetto ?" Depuis quelques temps que je vogue au gré du World Wide Web, je me demande si un nouveau ghetto n'est pas en train de se créer. Celui des handinautes qui parlent aux handinautes et à eux seuls. On voit se multiplier les appels à la création de groupes de discussion par maladie, syndrome, conséquences du handicap, etc. Chacun veut y aller de sa liste de diffusion, de son "chat" ; peu importe qu'il y ait trois participants en croix, on est entre soi. Comme si l'actuel fr.misc.handicap généraliste était saturé de contributions, ou que ses intervenants ne répondaient pas aux questions qui y sont posées et aux problèmes soulevés. Comme si la discussion devait s'y limiter à des renseignements législatifs ou à la vente d'une bagnole aménagée ! Pour une liste de diffusion active, celle sur la sclérose en plaques par exemple, combien de mort-nées : qui peut me dire où est passée handicap@orbes.com ? Et combien y a-t-il de participants à handijob-list ? On retrouve là un phénomène connu dans le milieu associatif ; des milliers d'associations, plus ou moins confidentielles, faisant chacune leur cuisine dans leur coin tout en observant les voisins et en tendant la main en direction d'élus ravis de trouver une clientèle si "compréhensive" ("nos handicapés" : je l'ai entendu, je le jure !). La dispersion des organisations génère l'isolement, enferme dans le ghetto. Un peu de saupoudrage de minima sociaux, RMI et AAH notamment, pour maintenir la survie, et de commisération pour se donner bonne conscience à bon compte, et notre société est contentée. Le ghetto, c'est aussi la journée du sport des handicapés, une belle réussite : des handicapés qui pratiquent des sports pour handicapés devant un public de handicapés ! Ce sont ces fêtes de patronage, réalisées avec trois bouts de ficelle, déprimantes au possible, comme si un spectacle de handicapés ne pouvait pas, ne devait pas être beau, visuel, et bien monté (et l'argent a peu à voir là-dedans, c'est au départ une question de volonté, une autre mentalité). C'est aussi la semaine nationale des vacances des handicapés, subventionnés pour passer une semaine au fond de la Creuse en septembre (parce que Saint-Tropez en août ça fait tache, probablement) ; l'année prochaine, le ministère a prévu nos vacances au mois de juin, avec les retraités et les salariés sans enfants ! En septembre dernier, des personnes handicapées sont descendues dans la rue et ont manifesté pour demander des transports en commun accessibles ; sous la bannière d'associations spécifiques aux personnes handicapées, et d'elles seules. Pourtant, l'accessibilité dépasse largement le cadre restreint des paraplégiques mais concerne environ 10% de la population de notre pays : on les appelle "Personnes à Mobilité Réduite". Et la revendication "transports en commun pour tous" concerne tout le monde : salariés, chômeurs, retraités, scolaires qui s'entassent dans des véhicules surchargés (j'aimerais d'ailleurs y voir monter un fauteuil roulant, aux heures de pointe !) pour un tarif qui augmente plus vite que les revenus. L'Internet pourrait être un excellent outil pour sortir du ghetto, pour casser la barrière du handicap, quel qu'il soit, dans la mesure ou l'on voit le réseau des réseaux pour ce qu'il est : un moyen de communication entre des gens tous différents qui peuvent à un moment donné s'intéresser à vous, et auquel vous pouvez apporter un peu de ce que vous êtes. Présenter à tous ses activités, montrer son travail, faire partager ses réflexions philosophiques, pour faire bref, vouloir vivre au milieu de tout le monde, c'est ce que le Web permet aujourd'hui. A condition de vouloir voir plus loin que le bout de son nez...
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