Ces sujets quotidiens qui nous empoisonnent la vie...
Ce mois-ci :
"L'accessibilité n'est pas soluble dans la gratuité..."
Vous savez qu'un titulaire de la carte d'invalidité bénéficie, ainsi que son accompagnateur, de la gratuité dans la Réunion des Musées Nationaux (RMN) ainsi que pour les monuments gérés par la Caisse Nationale des Monuments Historiques et des Sites (CNMHS). D'aucuns pourraient dire que les personnes handicapées ont bien de la chance (!) ; nous allons voir, dans le cadre d'un périple estival, qu'il n'en est rien...
La Rochelle est une jolie petite ville qui se réveille chaque année au moment des francofolies. Son vieux port est dominé par trois tours totalement inaccessibles ; il n'y a pas de transcription braille des expositions permanentes.
Rochefort, ses demoiselles et sa Corderie royale ; cette dernière présente les méthodes fabrication des cordages de navire de la marine royale (XVIIIe siècle). La salle d'exposition est accessible, à condition de posséder un fauteuil solide : le parvis est en pavés consciencieusement disjoints. Quant au chantier de construction de la frégate Hermione, vous ne le pourrez pas le visiter.
Bourges, au coeur du Berry. La maison Jacques Coeur est une merveille d'architecture civile du XVe siècle : inaccessible, et invisitable. La cathédrale Saint-Étienne expose les restes du Jubé : vous ne pourrez pas les voir, ils sont dans la crypte.
Bouges le Château, dans la champagne berrichonne ; un pavillon identique au Petit Trianon de Versailles y fut construit par un métayer de Catherine de Médicis (qu'avait-il donc fait pour mériter ça ?...). Gravillons et escaliers ne permettent même pas d'accéder à l'immense parc aux arbres pluricentenaires.
Cluny, ruines célèbres d'une puissante abbaye. La visite commentée passe à travers un parcours du combattant : marches innombrables, pavés, graviers... Remarquons néanmoins une initiative louable : une maquette en bois et métal permet aux aveugles de percevoir l'abbaye telle qu'elle fut, et telle qu'elle est aujourd'hui.
Ce ne sont que quelques exemples de ce que l'on trouve en province (oui, je sais, à Paris de nombreux musées sont réellement accessibles). Je pourrais les multiplier, en puisant dans mes souvenirs ; et puis évoquer aussi les édifices religieux, les musées municipaux ou privés (tarif plein-pôt, en général, et accessibilité souvent nulle).
On peut trouver bizarre de devoir s'acquitter d'un droit d'entrée pour accéder à ce que l'on a déjà payé ; les musées nationaux sont financés grâce à nos impôts me semble-t-il... Mais rendre gratuit ce qui est inaccessible est une nouvelle torture moderne, ou une forme d'exclusion.
Il n'est certes pas souhaitable que des ascenseurs soient installés dans les tours de La Rochelle ou dans la maison Jacques Coeur (encore que). Mais aménager les parcours d'accès et de visites est une nécessité pour toutes les personnes à mobilité réduite. Et lorsque ce n'est pas possible sans dénaturer un site, prévoir une visite "alternative" par panneaux, photographies, vidéo voire 3D virtuelle (elle existe, pour Cluny) est un bon compromis.
L'accès à la culture pour tous semble encore, dans notre pays, une figure de rhétorique, ou un combat à mener.
NB : l'accessibilité est soluble dans la gratuité à Aigues-Mortes, port fortifé du Gard construit sous Saint Louis (le neuvième) : un ascenseur dessert les différents niveaux de la tour de Constance, et une portion de remparts est accessible par un monte fauteuil. Quand on veut, on peut...
|