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Le Petit Handinaute Illustré : polémique

Ces sujets quotidiens qui nous empoisonnent la vie...

Profits privés contre santé publique ?




Le mois de juin 1999 aura été fertile en problèmes de sécurité alimentaire : poulet assaisonné à la dioxine, sodas au goût étrange venu de Dunkerque, controverse des OGM, sang de boeuf dans les Côtes du Rhône... Après la vache folle, la grippe du poulet de Hong Kong, la listéria du fromage qui pue et les salmonelles multiples, les alertes alimentaires se multiplient, avec parfois des conséquences mortelles pour le consommateur.

C'est tout de même curieux. La quasi-totalité des foyers français est maintenant équipée de réfrigérateurs et l'hygiène a fini par se répandre dans notre population... même si seule une minorité de gens changent de sous- vêtements chaque jour. Pourtant la santé publique est de plus en plus menacée par des produits alimentaires. Il faut dire aussi que les apprentis sorciers s'en donnent à coeur joie. Ils ont rendu nos ruminants carnivores et ont ainsi créé la maladie de la "vache folle". Cette affaire n'en finit plus de faire des dégâts, voyez plutôt. Au lieu d'herbe et de fourrage, l'éleveur alimente son bétail avec des farines animales. Ces produits sont à base de cadavres d'animaux, fournis par les entreprises d'équarrissage, celles mêmes qui doivent détruire les "vaches folles" et autres bêtes. La vache est ainsi ingurgitée par le boeuf et l'homme peut mourir de la terrible maladie de Creutzfeldt- Jakob en le mangeant.

D'autres produits entrent dans la composition des farines animales, dont des huiles usagées. Et il a suffi d'un lot d'huiles industrielles contenant du pyralène pour créer le poulet à la dioxine. Nous savons que les dioxines existent à l'état naturel et que seule leur ingestion massive est dangereuse. Mais l'industriel qui déclarait dans la presse que la dioxine du poulet ne présentait aucun risque a oublié les fausses couches et les malformations congénitales de Seveso en 1976, à la suite d'un rejet industriel. Rappelons que les habitants de cette ville italienne avaient respiré un nuage de vapeur contaminé à la dioxine ; s'il n'y eut pas de morts directes, la population fut évacuée, le bétail abattu, les sols traités, et de nombreuses femmes perdirent leurs enfants à naître. Les gens restent surveillés afin de prévenir l'apparition de cancers, qui est l'une des conséquences de l'inhalation de dioxine.

L'innocuité pour l'homme de certains procédés utilisés par les agro- industriels est maintenant constestée. On reproche aux hormones employées pour accélérer la croissance du bétail et de la volaille d'engendrer un déséquilibre dans les naissances humaines ; en Suisse, notamment, il naît maintenant plus de filles que de garçons. Les antibiotiques dont sont gavés les volailles élevées en batterie industrielle amenuiseraient les protections immunitaires de l'homme. Les conséquences de la modification génétique des fruits et légumes sont mal connues ; les industriels ne veulent pas entendre parler d'étiquetage particulier en attendant le résultat des études scientifiques en cours. Les aliments ionisés par irradiation au cobalt permettant la destruction des bactéries sont sans étiquetage spécifique ; des entreprises se sont lancées dans le créneau pour les identifier !

Parce qu'enfin, qui paie ? Le consommateur, au moins quatre fois : le produit qu'il mange, les soins nécessités par les troubles alimentaires générés, les infrastructures médicales indispensables pour être bien soigné, les séquelles éventuelles. Parfois, le produit est payé une cinquième fois : par ses descendants, au moment des obsèques...

Le combat entre la santé publique et les profits privés apparaît bien inégal, dans notre pays. La sécurité alimentaire n'est pas contrôlée par le ministère de la Santé, mais éclatée entre la Répression des Fraudes (DGCCRF) qui dépend du ministère de l'Économie et des Finances, et les Services Vétérinaires sous la tutelle du ministère de l'Agriculture. Chacun a son domaine théorique, son champ d'intervention ; chacun applique son règlement ; chacun réprime selon ses critères. Mais toujours à posteriori, sur des produits mis en vente sur le marché. On laisse le soin aux producteurs et industriels de s'auto- contrôler, avec la "réussite" que l'on constate !

Au fait, lorsqu'un salarié est victime d'un accident du travail, l'entreprise qui l'emploie est sanctionnée par une augmentation de cotisation à la Sécurité Sociale appliquée à l'ensemble du personnel. Combien de temps faudra-t-il attendre pour assister à la création d'un système similaire en matière de sécurité alimentaire ? Au delà de toutes les normes et contrôles, c'est en ponctionnant les (gros) bénéfices de l'industrie agro- alimentaire que nous pourrons retrouver la sécurité et la confiance nécessaires dans ce que nous mangeons.

La peur du gendarme et du fisc, on n'a jamais fait mieux dans ce pays pour assurer la sécurité des citoyens... :-(



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