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LE TÉLÉPHONE SOCIAL, LA NOUVELLE USINE À GAZ FRANÇAISE !

En France, l'accès au téléphone pour les plus démunis, institué par un décret daté du 9 mars 1999, devait entrer en application dès le 1er janvier 2000 pour ce qui concerne la réduction du montant de l'abonnement. Rappelons que le texte réglementaire oblige le ministre de tutelle des Télécommunications à déterminer chaque 1er novembre le montant de cette remise : elle peut atteindre 50% du prix d'un abonnement au téléphone fixe chez France Télécom.
Avec six mois de retard sur ce calendrier, la mesurette entre en application : les bénéficiaires de l'Allocation Adulte Handicapé, du Revenu Minimum d'Insertion ou de l'Allocation de Solidarité Spécifique sont concernés. Pourtant ne croyez pas que cela se fera simplement. Les personnes concernées reçoivent un formulaire à remplir. Elles doivent le compléter et l'envoyer à l'Entité de Gestion de la Réduction Téléphonique (sic) qui traite la demande. La réduction est calculée à partir du 1er juillet après un délai de deux mois nécessaires à l'instruction du dossier.
Glissons sur le fait qu'il ait fallu quatre ans pour que cette disposition prévue par la loi du 26 juillet 1996 sur les Télécommunications soit traduite dans les faits. Pardonnons Monsieur le secrétaire d'État à l'Industrie, Christian Pierret, qui a oublié de respecter le décret d'application qui l'obligeait dès le 1er novembre 1999 à définir le montant de la remise applicable au 1er janvier 2000. Ignorons la partie de ping- pong qu'ont jouée la Caisse Nationale d'Allocations Familiales, l'Unedic (gestionnaire de l'assurance chômage) et France Télécom pour déterminer qui gérerait la mesurette : après tout, ce n'étaient que les usagers qui leur servaient de balle !
L'essentiel a été préservé : grâce à ce retard d'allumage, les opérateurs en téléphonie ont économisé deux milliards de francs. Ils doivent en effet alimenter un fonds d'intervention qui finance le service téléphonique social. On peut se demander quelle panique régnerait sur notre (cher) système national de télécommunications si tous les décrets d'application de la loi de 1996 avaient pris autant de temps à être publiés. Rassurez- vous, l'État fut très réactif, les opérateurs n'ont pas eu à se plaindre, leurs profits sont bien rentrés...
Le secrétariat d'État à l'Industrie a néanmoins voulu rattraper sa bourde en direction des personnes démunies. Il leur a fait parvenir une carte téléphonique prépayée d'un montant de 100 francs, crédit à consommer avant le 31 décembre 2000. Pour l'utiliser, il vous faudra de la patience, une bonne mémoire, une virtuosité certaine dans le doigté. Vous devrez taper sur le clavier téléphonique un numéro d'accès gratuit suivi d'un code confidentiel puis du numéro de téléphone : trente chiffres et dièses au total ! Pratique, pour donner des nouvelles à tantine...
Nul doute que cette carte téléphonique soit très utilisée par nombre de personnes handicapées des membres supérieurs ou infirmes motrices cérébrales et qu'elles apprécient à sa juste valeur cette grande mansuétude gouvernementale...

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