Ce mois-ci : Tourisme pour tous ? Le Secrétariat d'Etat au Tourisme vient d'annoncer sa deuxième campagne nationale pour l'accès des personnes handicapées aux vacances et aux loisirs. Elle se déroulera du 3 au 11 juillet avec la volonté, nous dit la ministre Michelle Demessine, de refuser "que des millions d'hommes, de femmes et d'enfants soient encore privés de la possibilité de rompre avec le quotidien et de découvrir d'autres régions, d'autres peuples, d'autres cultures". En concertation avec des associations de personnes handicapées, les professionnels du tourisme ont élaboré des produits adaptés pour une clientèle à "besoins spécifiques"... sur treize sites répartis dans la Creuse, le Nord, le littoral aquitain, les Pyrénées, la Charente, l'Hérault. C'est bien, mais peut-être un peu court. Le Roussillon, la Côte d'Azur, les Alpes, le Dauphiné, le Massif Central, Paris et l'Ile de France, la Bretagne, la Normandie, la Bourgogne, l'Alsace, toutes ces régions si touristiques n'ont toujours pas répondu à l'appel. Pourtant, on nous dit que le tourisme des personnes handicapées est un enjeu économique (même si la ministre reconnaît ne pas disposer de chiffres cohérents en la matière). On évoque un marché de plus de 5 millions de personnes en France et 36 millions en Europe. Combien d'entre elles ne partent jamais en vacances, et surtout pourquoi ? Partir en vacances est un vrai plaisir mais comment le réaliser lorsqu'il faut s'inquiéter d'un hébergement adapté, de l'accessibilité des visites, des transports particuliers, des aides techniques nécessaires, etc. L'action du secrétariat d'État pour inciter les professionnels à prendre en compte ces besoins spécifiques et proposer des produits qui n'engendrent pas de frustrations (face à une activité particulièrement intéressante mais impraticable, par exemple) est positive. Démontrer qu'il y a là une clientèle potentielle, un enjeu économique, une rentabilité des investissements, pourquoi pas ? Ça nous change des séjours conçus comme des actions sociales. Être reconnu comme citoyen à part entière passe aussi par le "vidage" du portefeuille. C'est bien là que se pose un problème majeur, que cette année la campagne d'État n'aborde pas et même ignore: le client a-t-il les moyens de payer ? Partir en vacances coûte cher, et c'est la principale raison qui explique que la moitié des français ne peut pas le faire. Pour les personnes handicapées, des séjours adaptés existent depuis bien des années, proposés par des associations et des agences spécialisées. Faites la comparaison avec les produits touristiques standard: à niveau de prestation égal, prix plus élevé facturé à la personne et à son accompagnateur. L'adaptation a un coût, répercuté sur l'acheteur. Et ce dernier, la plupart du temps, est plutôt pauvre, vivant des allocations ou d'un petit salaire. La volonté de promouvoir le tourisme pour tous continuera à se heurter à cet écueil financier tant que les personnes handicapées ne bénéficieront pas d'une compensation intégrale de l'inégalité sociale générée par le handicap. Et si les personnes handicapées n'ont pas les moyens de partir en vacances, les investissements touristiques engagés à leur intention seront utilisés par le vide... |