Ces sujets quotidiens qui nous empoisonnent la vie...
TEMPORAIREMENT VALIDES...

Rêvons d'un monde dans lequel tous les escaliers auraient leur ascenseur, où tous les guichets auraient leur boucle magnétique, où tous les arrêts desservis par les autobus seraient annoncés verbalement, où tous les imprimés administratifs seraient compréhensibles... Bref, d'une société qui se mette à la portée de tous ses citoyens. Le handicap n'y serait plus ressenti comme un obstacle, vécu comme une suite de frustrations. Son traitement social ne résulterait plus de l'obligation d'assurer la survie d'individus dont certaines fonctions sont altérées et dont l'utilité sociale n'est appréciée qu'à l'aune de la bonne âme charitable.
Cette société pourrait devenir la nôtre si tous ses membres avaient conscience de cette réalité : tous ont été, ou sont des valides en sursis, à la merci d'une maladie, d'un accident ou plus simplement du vieillissement. On voit bien que la mise en accessibilité des services, des emplois et des loisirs, qui concerne toute la population, reste pourtant pensée en fonction des besoins à un moment précis : les environ 10% de personnes handicapées. Et parmi elles, on distinguera les différentes adaptations nécessitées par le type de handicap.
C'est là qu'est introduit le coût financier d'un aménagement ramené au pourcentage de la population concernée à un instant donné : faut- il par exemple qu'une ligne de métro soit équipée d'ascenseurs pour fauteuils roulants et "béquilleux", les guichets munis de boucles magnétiques pour les sourds appareillés, les rames dotées d'annonces sonores, tout cela pour quelques dizaines d'usagers chaque jour ? Le gestionnaire répond non, oubliant que le handicapé d'aujourd'hui est souvent le valide d'hier et que cette inaccessibilité rendra aux gens les déplacements plus difficiles, les amènera à moins sortir, à être peu visibles. Mais comment l'être et occuper le terrain quand toute l'organisation de la vie en société vous réserve au mieux une place à part ?
Les personnes handicapées, considérées comme une minorité, sont traitées comme des marginaux pour lesquels "il faut faire quelque chose". De même que l'on dépêche des escouades de travailleurs sociaux dans les quartiers dits "difficiles" lorsque la marmite bout tellement qu'elle explose. Saupoudrage d'aide sociale, activités ludiques temporaires, séjours en vacances pour les plus méritants, et on prétend traiter ce handicap social, celui des gens dont on ne voit d'avenir que dans des quartiers ghettos sans commerce ni emploi, entre RMI et mendicité auprès des assistantes sociales, entre frustration et prison. Des personnes que notre société laisse survivre mais qu'elle ne veut surtout pas voir parce qu'elle en a peur comme elle a peur des handicapés.
Nos sociétés urbaines, technologiques et complexes, ont généré des contraintes considérables dans les activités quotidiennes qui sont autant de sources d'inadaptation sociale et de handicap. Tous ses citoyens sont à la merci du chômage, de l'exclusion, de la maladie, d'un accident ou de l'âge qui les rendra invalides et dépendants de la bonne volonté publique de la part de ceux-là mêmes qui oublient chaque jour qu'ils ne sont que "temporairement valides"...

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