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Le Petit Handinaute : polémique
Ces sujets quotidiens qui nous empoisonnent la vie...

LE HANDICAPÉ, UNE VACHE À LAIT
COMME LES AUTRES...




Près de 7.000 personnes ont souscrit une rente- survie en faveur de leurs enfants handicapés auprès de l'Unapei (Union Nationale des Associations de Parents et Amis de Personnes Handicapées Mentales). Rappelons qu'il s'agit de contrats d'assurance qui octroient une rente viagère à un enfant handicapé après le décès de ses parents souscripteurs. L'Unapei en avait confié la gestion à la Caisse Nationale de Prévoyance puis à l'Union des Assurances de Paris, absorbée depuis par le vorace groupe AXA dirigé par l'impitoyable et mondain Claude Bébéar. AXA, estimant perdre de l'argent sur ces contrats, a décidé d'en tripler les primes trimestrielles sans pour autant revaloriser les rentes versées en cas de décès. Des négociations entre l'assureur et l'Unapei ont ramené cette augmentation à un doublement. Si les souscripteurs ne pouvaient ou ne voulaient payer, leurs contrats étaient dénoués d'office, ils perdaient toutes les sommes versées.

Un grain de sable est venu bloquer le "gentleman agreement" entre AXA et l'Unapei : le quotidien l'Humanité l'a rendu public le mardi 15 février 2000 et l'ensemble de la presse a crié au scandale. Le Délégué Interministériel aux personnes handicapées, Patrick Ségal, a toutefois surpris son monde en venant à la rescousse de la société d'assurances en soulignant que "la compagnie AXA, qui mobilise ses collaborateurs au sein de l'association Axa Atout Coeur pour venir en aide aux handicapés, est pratiquement la seule à avoir un regard extrêmement large sur la diversité du handicap et sur les solutions à apporter aux handicapés" (Le Quotidien du Médecin du 18 février 2000). La ministre de la Solidarité Nationale, Martine Aubry, a vivement réagi en convoquant l'Unapei et AXA au ministère, critiquant vertement cette spoliation légale.

Spoliation, parce que l'augmentation des primes contraint de nombreuses familles à renoncer aux garanties souscrites et pour lesquelles elles ont cotisé durant des années. Légale parce qu'elle s'appuie sur la loi qui oblige les assurances à "équilibrer chaque risque" : en clair, une compagnie qui perd de l'argent sur l'assurance- vie ne peut pas combler le déficit avec le bénéfice de la branche voiture, par exemple : en jargon, elle ne mutualise pas les risques. Que cela soit fait maintenant au détriment de personnes handicapées n'avait pas été pris en considération par AXA. Il aura fallu un scandale public, qui laissera des traces durables sur l'image de marque du premier assureur mondial, et une réaction forte du gouvernement pour qu'AXA renonce à augmenter les primes... pour cette année seulement.

En ces débuts de mars 2000, nous avons une idée de la manière dont sera réglée l'affaire des rentes- survie. Entre gens qui parlent le même langage, on peut toujours s'entendre, et ce que nous apprend l'Agence France Presse le 22 février est édifiant : sous le titre "le contentieux pourrait se résoudre avec un nouveau produit", on annonce qu'AXA et l'Unapei se sont mis d'accord afin de modifier "ce contrat rente- survie [pour] faire en sorte qu'il soit pérenne" selon les propres mots de Patrick Gohet, directeur de l'association, en le faisant passer "d'un système par répartition à un système par capitalisation". Patrick Gohet parle en connaisseur : il préside aussi la mutuelle Intégrance qui propose ce type de produit financier dans le cadre fiscal de l'épargne- handicap. Ce dirigeant est d'ailleurs le seul de l'association à s'être exprimé publiquement dans les médias. On aurait pourtant pensé que le caractère exemplaire de cette affaire était du ressort des dirigeants élus de l'Unapei, représentatifs des adhérents qui les ont désignés. Pourquoi les "politiques" de l'association ont- ils laissé le champ libre à un employé ? Savent- ils ce qu'ils cautionnent par leur silence et leur inaction : une entrée en force des assurances privées sur le marché de la protection sociale des personnes handicapées ? Outre AXA, la plupart des compagnies d'assurance attendent impatiemment de pouvoir remplacer la Sécurité Sociale et font un travail acharné de lobbyisme auprès de la Commission Européenne pour en obtenir le droit.

Et pourquoi ces compagnies auraient-elles des scrupules, d'ailleurs ? D'autres "professionnels" font payer grassement aux personnes handicapées leur handicap. Quelques exemples : un fauteuil roulant électrique un tant soit peu solide et confortable coûte le prix d'une automobile ; une inversion de pédale simplissime (tige fixée au plancher d'une voiture et comportant deux excroissances) vaut près d'un mois d'Allocation Adulte Handicapé ; des commandes manuelles par tringlerie (quelques tiges de métal assemblées) sont facturées douze à quinze mille francs ; de nombreux séjours touristiques adaptés coûtent de 30 à 50% plus cher que la normale. Vous multiplierez aisément les exemples !

S'il est un secteur qui n'exclut pas les handicapés, c'est bien le... lucratif. On y trouve d'ailleurs fréquemment des associations : elles ne sont pas les dernières à faire payer cher leurs prestations, ce que nous avions récemment remarqué à propos du handiski, par exemple. Cela malgré les multiples subventions, les stagiaires employés gratuitement et les emplois- jeunes payés par l'État.

Comme le proclamait jadis une banque nationale, "votre argent nous intéresse". Et on peut ajouter que celui des handicapés n'a pas non plus d'odeur...



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