Ces sujets quotidiens qui nous empoisonnent la vie...
VIVE L'AUTONOMIE !

Pour la première fois depuis sa création en 1984, le discret Conseil National Consultatif des Personnes Handicapées recevait le chef du Gouvernement. Celui- ci était accompagné d'une volée de ministres apportant à la corbeille 1,52 milliards de Francs en mesures nouvelles, complétant le plan 1999- 2003 déjà doté de 1,8 milliards de Francs. De quoi ravir les grandes associations qui en ont perçu immédiatement l'intérêt. Mais quels changements pouvons- nous en attendre dans notre vie quotidienne?
On remarque deux grands aspects dans les dispositions annoncées : l'aide aux handicapés dépendants et l'amélioration de la vie quotidienne. Pour les premiers, l'accès aux auxiliaires de vie afin d'apporter un soutien quotidien devrait être plus facile. Les postes doivent être multipliés par trois dans les années qui viennent. On peut espérer que les subventions, ainsi que l'exonération des cotisations sociales patronales, permettront à plus de personnes d'y avoir recours. L'accès aux Services de Soins Infirmiers à Domicile (SSIAD) sera étendu prochainement aux personnes handicapées. La généralisation à l'ensemble du pays d'ici à 2003 des "sites pour la vie autonome" actuellement expérimentés dans quatre départements doit permettre un meilleur aménagement des logements et une prise en charge financière simplifiée. Pour autant, le principe de "gratuité" n'est pas affirmé alors que la vie au domicile génère des économies de dépenses sociales par rapport au placement en institutions. L'intégration scolaire sera dotée de moyens supplémentaires en services et matériels. Les Ateliers Protégés seront aidés pour adapter leur activité à l'évolution du contexte économique. Quant à la rénovation de la loi de 1975 sur les institutions, en chantier depuis trois ans, elle devrait connaître son aboutissement au Parlement dans les tous prochains mois.
Dans le domaine de la vie quotidienne, une série de dispositions a été annoncée : directive pour l'emploi dans le secteur public, généralisation de l'accessibilité des transports en commun, campagne d'accès aux vacances et aux loisirs, promotion de l'activité sportive, création d'une commission nationale culture/ handicapés, campagne nationale pour le respect des places de stationnement réservé, code de bonne conduite pour le transport aérien, mission d'expertise pour l'accessibilité des sites web aux aveugles et malvoyants, modernisation des Commissions Départementales d'Education Spéciale (CDES) et des Commissions Techniques d'Orientation et de Reclassement Professionnel (COTOREP), création de comités départementaux des personnes handicapés. Vaste programme.
Les optimistes verront dans ces mesures un premier pas vers la promotion de la vie autonome des handicapés dépendants ainsi qu'une prise en compte de la réalité et des difficultés de la vie quotidienne de tous les autres. Les pessimistes remarqueront les lacunes de l'intervention ministérielle, qui concernent essentiellement les revenus. Rien sur la nécessaire revalorisation des allocations dont le pouvoir d'achat continue à baisser. Pas un mot sur leur cumul avec un salaire ; comment alors mener une politique volontariste en faveur du travail des handicapés sans traiter cette question qui dissuade beaucoup d'allocataires d'accepter un emploi ?
Pour la première fois depuis 25 ans des mesures globales touchant à l'essence même de l'intégration sociale sont prises en faveur des personnes handicapées. Leur volume est certainement insuffisant tant les besoins sont grands. Mais on peut voir là le résultat de la manifestation nationale du 29 mai 1999 qui vit défiler à Paris 25.000 handicapés physiques. Il reste beaucoup à faire par l'Etat et le législateur, mais aussi les régions, départements et communes, si souvent désinvoltes. L'action et la mobilisation payent, c'est sans doute la grande leçon à tirer du discours du premier ministre !

|