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Le Petit Handinaute Illustré : polémique

Ces sujets quotidiens qui nous empoisonnent la vie... Après : "comment se déplacer lorsque l'on est physiquement handicapé et financièrement limité ?" (le mois dernier), ce mois-ci :"Le travail et les handis. Sommes-nous vraiment encouragés à travailler ?"



  • On nous le serine depuis des années : l'homme n'existe socialement que s'il travaille. Ce discours, après avoir culpabilisé les quelques millions de chômeurs que compte notre beau pays de France, fait des ravages parmi les handicapés (dont la durée de chômage est double : 650 jours en moyenne pour les chômeurs de longue durée). Faut-il travailler parce que c'est utile pour "manger" ou nécessaire pour vivre ?

    Il faut d'abord savoir que les bas niveaux de formation sont plus nombreux chez les handicapés. L'accès difficile à l'enseignement public (on parle beaucoup d'intégration scolaire, mais elle est peu pratiquée, question d'argent ou de volonté), les soins et problèmes de santé, le niveau intellectuel de certains expliquent en partie ce constat. Mais on peut aussi se demander si les institutions spécialisées dispensent des formations adaptées aux emplois accessibles aux handicapés lourds.

    Certes, on nous dit qu'il y a des "aides" : contrats spéciaux (Contrat Initiative Emploi, Contrat Emploi Solidarité, Contrat de Rééducation chez l'Employeur... ), primes et subventions, recherche et études de postes dans le cadre des Plans Départementaux d'Intégration (PDI sous la responsabilité du service public de l'emploi et financement AGEFIPH). L'ANPE, parfois, et les Equipes de Préparation et de Suite du Reclassement (EPSR) placent en entreprise des milliers de handis chaque année; mais il faut savoir qu'il s'agit pour la plupart de bas niveaux de qualification (encore eux!), avec très peu de handicap lourd (il est extrêmement rare de voir un paraplégique dans une ANPE).

    Il est relativement facile, face à un valide, de faire embaucher un handicapé ; si tous les deux peuvent faire le travail demandé, un patron préférera prendre celui qui lui coûtera le mois cher. Mais cela ne marche pas lorsqu'un aménagement de poste de travail est nécessaire : étude préalable, recherche et achat de matériel spécifique, suivi par un service spécialisé, montage des dossiers de financement, délais de versement des subventions sont autant de contraintes souvent refusées par des employeurs qui recherchent en permanence la flexibilité du travail et demandent de plus en plus souvent à leurs salariés d'être polyvalents.

    Le principe est connu : tout travail mérite salaire. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'aujourd'hui, il baisse; il y a en France 15% de "salariés pauvres", leur rémunération leur permettant tout juste de subvenir à leurs besoins vitaux. Les salaires ont "glissé" vers le bas en quelques années : le SMIC est souvent le salaire de recrutement, y compris pour les travailleurs très qualifiés. On comprend mieux pourquoi le patronat français exige sa disparition, au risque de voir les minima sociaux (RMI, chômage de longue durée...) s'approcher des salaires d'embauche.

    La perception d'allocations ou de pensions ont fréquemment un effet dissuasif face une prise d'emploi. Au terme de 12 à 18 mois, l'AAH sera recalculée à la baisse, voire réduite à zéro ; il en sera de même pour l'allocation logement. La pension de deuxième catégorie est suspendue ou supprimée dès que le salaire dépasse un certain montant. Le minimum social d'un allocataire ou pensionné est de 3.433 francs plus allocation logement. C'est très proche du SMIC net, sachant que son seul montant ramènera les prestations sociales à peu de choses; l'absence de dégressivité dans les barèmes en est la cause.

    Certes, un travail peut être plaisant, voire agréable, faire rencontrer des gens, réaliser de belles choses... Et puis, quand on travaille, "on fait quelque chose" (vous savez, c'est la première question que la plupart des gens posent "que faites-vous dans la vie ?"), on n'est pas une "feignasse" qui se la coule douce sur le compte de la solidarité nationale ou de la Sécu ! Et en plus, on paie des impôts et la redevance télévision !!!

    Foin de tout ça. Si travailler, c'est-à-dire être financièrement productif, a une certaine utilité sociale, ce n'est pas une fin en soi. La joie de vivre et le bonheur sont en accès libre, au sein de chacun de nous, quel que soit notre rôle social, que l'on soit travailleur salarié, indépendant, chômeur, bénévole ou plus simplement adepte du farniente (ou de la sieste)...!

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