Discours... et réalités Saviez-vous qu'à l'aube du troisième millénaire la deuxième ville de France n'a pas de politique du handicap ? Certes, ce n'est pas la seule grande cité de notre pays à être dans ce cas, mais ce n'est pas une bonne excuse. Ce sont les habitants qui trinquent, c'est à dire des personnes qui ont des droits. Voyons comment ils sont respectés à Marseille en écoutant ce que Solange Moll, "adjoint au Maire, déléguée au 3e âge, les Handicapés, les Rapatriés" (sic !), peut bien vouloir valoriser... "Des travaux de mise en accessibilité de la voirie vont être entrepris, à hauteur de cinq millions de francs sur deux ans". Nous avions déjà écrit sur de précédentes pages consacrées à Marseille que la municipalité avait mis vingt ans à élaborer un plan de circulation urbaine destiné aux personnes à mobilité réduite institué par le décret du 9 décembre 1978. A peine établi, le voilà remis en cause par la récente réglementation nationale sur la voirie. ![]() Voici l'un des premiers passages piétons aménagés pour les aveugles ; vous remarquerez la bande blanche en relief à une trentaine de centimètres du bord de la chaussée et les poteaux qui délimitent le passage (et empêchent les véhicules de s'y garer) "Depuis deux ans je travaille avec la Régie des Transports de Marseille pour qu'elle utilise des bus urbains accessibles. Elle a toujours fait la sourde oreille. Nous avons pu effectuer cet été une expérience : les véhicules de la ligne 19, qui dessert la plage du Prado dotée d'un ponton adapté aux handicapés moteurs, ont été équipés pour être accessibles". Précisons qu'il s'agissait de bus classiques dans lesquels une personne en fauteuil roulant entrait au moyen d'une rampe installée manuellement par des agents d'accompagnements circulant en voiture. Ce système était en service l'été dernier et concernait une partie des véhicules assurant la ligne. Il était conseillé de téléphoner au préalable : un système simple ! Précisons que la RTM est sous la tutelle de la municipalité... "A partir de 1999, tous les bus urbains achetés par la régie doivent être accessibles. L'appel d'offres en cours tient compte de cette obligation. Les premières lignes équipées, et dont les arrêts seront aménagés, devraient être la 41 (La Rose- Prado) et la 19 (Castellane- Callelongue)." Il est grand temps : en 2002, les nouvelles installations de transports collectifs devront être utilisables par toutes les personnes handicapées.
"La ville finance un service de transport adapté, le Gihp (Groupement pour l'Insertion des personnes Handicapées Physiques). Nous lui versons 2,65 millions de francs de subvention. Nous avons contribué à redresser la précarité de sa situation en épongeant son déficit financier. Mais nous ne municipaliserons pas ce service. Nous ne ferons pas d'effort financier supplémentaire". Le Gihp de Marseille a connu des années très difficiles, avec entre autres la suppression de la subvention municipale en 1994 et 1995. Ses véhicules sont vétustes, ses tarifs élevés (40 francs le trajet centre- périphérie, soit six tickets de bus !), la transparence de sa gestion n'est pas citée en référence. Les personnes lourdement handicapées, qui auront toujours besoin d'un service de transport adapté, continueront à le payer six fois plus cher que le marseillais lambda... "L'année prochaine, un appel d'offres public sera lancé dans le cadre d'une délégation de service public. Le Gihp sera mis en concurrence." L'expérience du même appel d'offres, lancé par le Conseil Général des Bouches- du- Rhône au sujet du transport des élèves handicapés est édifiant. Seul un groupement d'ambulanciers a répondu, outre le Gihp, pour ce qui concerne les besoins marseillais. Le Gihp a donc conservé le marché pour le secteur du grand Marseille. Le même Conseil Général ne subventionnera plus dès 2001 l'association pour son activité "ordinaire" (1,3 millions de Francs en 1999). Qui comblera la baisse des ressources ? "Le métro ne peut pas être rendu accessible ; ce n'est pas possible techniquement". On le croit volontiers, du fait de la multiplicité des niveaux (trois, parfois même quatre) et de la profondeur des lignes. Rappelons que ce fut la volonté de la municipalité de l'époque de construire une première ligne de métro inaccessible ; le maire était Gaston Deferre, et l'un de ses adjoints s'appelait... Jean- Claude Gaudin, l'actuel maire de Marseille.
Ce n'est pas la seule carence de l'action municipale ; il n'y a notamment pas de politique en matière de logement adapté. Quant au maintien à domicile, il est laissé à la charge du Gihp. "500 personnes âgées ou handicapées bénéficient du portage de repas à domicile. Nous avons financé 80.000 heures d'aide- ménagère en 1998 dont 600 marseillais ont bénéficié. Le plafond de ressources pour l'accès à l'aide sociale est trop bas [3.540 francs par mois toutes ressources confondues, immédiatement atteint par l'allocataire adulte handicapé NDPHI] pour permettre de prendre en charge plus de monde, mais c'est là l'affaire de l'Etat". Ce n'est pas exact ; quelques villes ont décidé le déplafonnement, c'est à dire de prendre en compte un revenu supérieur. Madame l'Adjointe n'a pas, de même que ses services, été capable de préciser combien de personnes handicapées bénéficiaient des services à domicile.
"Je veille particulièrement au respect de l'accessibilité des lieux publics. Le cinéma Variétés récemment rénové a bénéficié d'une dérogation pour ne pas effectuer les aménagements nécessaires sans que le dossier passe en commission ; ce n'est pas normal et j'ai mis en demeure le directeur de ce cinéma de se mettre en règle". On peut s'étonner de ce qu'une main "distraite" puisse signer une dérogation à l'improviste ; à croire que les passe- droits ont la vie dure dans cette ville. Mais ce serait oublier que l'Office Municipal de la Culture est lui- même inaccessible en fauteuil roulant ! ![]() L'Office Municipal de la Culture est installé dans cet immeuble depuis mars 1996. La rampe de l'entrée ouest comporte un seuil et les portes s'ouvrent vers l'extérieur. L'entrée nord est dotée d'une porte automatique... et de deux marches. "Nous avons mis en place des auxiliaires d'intégration scolaire qui aident les élèves handicapés. Il y en a 181, tous Emplois- Jeunes, qui s'occupent de 340 enfants. Les trois quarts des écoles sont parfaitement accessibles." On veut bien l'entendre. Il faudra peut-être un jour envisager dans ce pays d'avoir recours à de vrais contrats de travail, à de réels statuts professionnels, pour les personnels du secteur social. C'est l'Etat et la Région qui payent les salaires des auxiliaires d'intégration scolaire, voila une politique à bon prix. Après cet entretien avec l'adjointe aux handicapés, on constate que Marseille a la volonté de respecter la réglementation. Doit-on considérer que le respect des lois de la République constitue une politique en faveur des personnes handicapées ? Nous ne le pensons pas. L'intégration passe par des initiatives positives, visibles, innovantes et populaires. On continue à attendre... ![]() Voici, pour finir, une réalisation positive, visible, innovante et populaire. L'été, un ponton adapté permet aux handicapés physiques de se baigner dans la mer de manière autonome. Il est malheureusement regrettable que cette plage soit assez mal famée ; on ne peut pas tout avoir... |