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Le Petit Handinaute Illustré - vocabulaire : Paralysie

Un nom, commun et propre...


Paralysie n.f.

Est emprunté (1256) au latin paralysis "immobilité d'un côté du corps", emprunt au grec paralusis "fait de laisser ailleurs", "relâchement", d'où "immobilistaion (d'une partie du corps)". C'est un dérivé de paraluein qui signifie proprement "délier sur le côté", d'où "relâcher les organes, les muscles d'un côté du corps" et aussi "exempter, dispenser". Ce verbe est formé de para "à côté" et de luein "délier, détruire", "dissoudre", mot encore vivant en grec moderne, apparenté à plusieurs termes indoeuropéens, tels le gotique lun "rançon, salaire", et les mots latins luere "payer, expier", solvere ainsi que luxus "luxer, disloquer". Luein est représenté en français dans les termes en -lis et -lyt.

Le mot, qui reprend le sens physiologique de l'étymon, est d'abord écrit paralisïe et paralisie (XIIIe siècle) avant que soit rétabli le Y de l'étymon. Il entre dans quelques expressions, paralysie générale (1824), concept psychiatrique où l'idée de paralysie cesse rapidement d'être pertinente, et paralysie infantile (1869). Son sens figuré, "impossibilité d'agir", est attesté depuis 1701.

Le dérivé paralyser, v.tr., d'abord attesté au participe passé paralisé (1575) "atteint de paralysie", s'emploie à l'actif à partir du XIIIe siècle (1765, Encyclopédie). A partir du sens médical de "frapper de paralysie", le verbe a pris le sens figuré de "frapper d'impuissance, immobiliser" (1789, au participe passé). Il a produit paralysation, n.f. (1939) réservé au sens limité "d'action de paralyser une proie en lui injectant un venin" et paralyseur, euse, adj. (1892) "qui paralyse", tous deux employés en zoologie. Le participe présent paralysant, ante a été adjectivé ; il avait été proposé en 1845 par Richard de Radonvilliers.

Paralytique, adj. et n. est emprunté (1245) au latin paralyticus, lui-même emprunté au grec paralutikos. En français il est relevé sous les formes paraletics, paralitike (1356), enfin paralytique (1535). Le mot est substantivé pour désigner une personne atteinte de paralysie. Le syntagme paralytique général, abrégé familièrement en pégé (1908, pé-gé), mal formé mais courant en psychiatrie depuis la fin du XIXe siècle, est formé à partir de paralysie générale (voir plus haut).

Dictionnaire Historique de la langue française - Robert 1992

Photo : L'Aveugle et le Paralytique, oeuvre du sculpteur arlésien Jean Turcan (1846 - 1895)


CHRISTY BROWN (1932 - 1981)
"My Left Foot"


Christy Brown est né à Dublin le 5 juin 1932 parmi une famille de 23 enfants dont le père était maçon. Sa naissance fut très difficile, mettant la vie de sa mère en danger. A un an, il était incapable de tenir assis. Le diagnostic de paralysie cérébrale fut établi presque immédiatement par les médecins. Christy ne pouvait ni parler ni marcher et semblait incapable de communiquer.

Un jour, voyant l'une de ses soeurs s'amuser avec une craie, il voulut jouer à son tour et se saisit de la craie avec les orteils de son pied gauche. Sa mère dessina alors la lettre A sur le sol et lui fit de même, toujours avec le pied gauche. Ce fut avec ce dernier qu'il apprit à écrire. Il avait alors sept ans. Les années qui suivirent furent celles de sa découverte du monde extérieur, dans une voiturette bricolée par ses frères. La perte de ce premier moyen de locomotion s'accompagna, à dix ans, d'une douloureuse prise de conscience du handicap que n'atténua en rien l'arrivée ultérieure d'une nouvelle voiturette. Il sortit de cette dépression grâce à la peinture.

Sa mère ayant subi une hospitalisation à la suite d'une nouvelle naissance, Christy lui envoya textes et dessins. Quelques semaines plus tard, il gagnait un concours lors d'une exposition locale de peinture. Ses questions existentielles et sa dépression revinrent avec l'adolescence. L'un de ses premiers amours, une fille de son âge nommée Katrina, lui proposa alors un pélerinage à Lourdes et ils y partirent ensemble. Là, Christy découvrit qu'il n'était pas le seul à souffrir dans sa chair ; cette constatation lui permit, au retour, de mieux accepter et intégrer son handicap dans le monde des valides.

Les Brown construisirent un espace sur mesure afin que leur fils puisse y vivre et y pratiquer les exercices de physiothérapie qui lui avaient été prescrits. Il se rendit à Londres pour y rencontrer une spécialiste qui lui conseilla de ne plus utiliser son pied gauche et de travailler dur à la rééducation de son corps entier. Il s'en suivit une nouvelle période de renfermement d'où Christy sortit à dix-huit ans, en tombant de nouveau amoureux. Incapable d'exprimer ce qu'il ressentait en dehors du contexte familial, il dicta à l'un de ses frères une première tentative d'autobiographie. Il en écrivit une seconde quatre ans plus tard, après de nombreuses lectures et quelques études réalisées en grande partie grâce à l'aide du médecin de famille, le docteur Collins. Deux chapitres de cette autobiographie furent lus en public et obtinrent un immense succès.

La vie de Christy Brown a fait l'objet d'un film irlandais, réalisé par Jim Sheridan, avec pour titre "My left foot". Il a été présenté en 1989, huit ans après la mort de Brown, et a obtenu un succès mondial.

On trouve environ une dizaine de ses livres (textes, poèmes...) dans les librairies online parmi lesquels, bien sûr, "My left foot" et "Down all the days". Une traduction française du premier a été éditée en mai 1990 chez Robert Laffont, sous le titre maladroit "Du pied gauche"...



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