Boiteux, euse adj. 1 - Qui boite. Volontiers gens boiteux haïssent le logis, La Font. Fab. X, 3. Vous aviez bien raison de me dire que vous alliez bon train, tout boiteux que vous êtes, Lessage, critique de turc. Par extension, table, chaise boiteuse, table, chaise qui a un pied plus court que les autres. Ruban boiteux, ruban dont les deux bords ne sont pas pareils. Châle boiteux, châle qui a une large bordure à un seul bout. Dans la typographie, colonne boiteuse, colonne qui a plus ou moins de lignes qu'une autre de la même page. Fig. la marche lente et boiteuse de l'esprit humain est celle qu'on est toujours obligé de retracer quand on écrit l'histoire et non la fable des grandes entreprises. On s'offense d'un esprit boiteux, Pasc. P. div. 128. Terme de manège. Cheval boiteux de l'oreille et de la bride, cheval qui, par ses mouvements de tête, marque tous les pas qu'il fait en boitant. 2 - Qui manque de nombre. Phrase boiteuse. Des vers boiteux, des vers trop courts, qui n'ont pas la mesure. Ancien terme de musique. Contrepoint boiteux ou à la boiteuse, contrepoint chargé de syncopes ou de contretemps sur lesquels la voix semble sautiller. 3 - Boiteuse, s. f. Nom d'une ancienne danse allemande, et de l'air sur laquelle on la dansait. 4 - Terme de charpenterie. Boiteuse, solive d'enchevêtrure, scellée d'un bout dans le mur, et assemblée de l'autre dans une principale pièce de bois, nommée chevêtre. 5 - Subtantivement, un boiteux, une boiteuse, un homme, une femme qui boite. La nouvelle du siège de Charleroi a fait courrir tous les jeunes gens, et même les boiteux, Sev. 345. Quoi ! Vous voudirez faire entrer un vieux boiteux dans la salle du bal ? Volt. Lett. Chabanon, 3 août 1775. Fig. Attendre le boiteux, attendre la confirmation d'une nouvelle, le temps, l'occasion ; locution proverbiale qui se trouve dans Corneille, suite du Menteur, I, 1, et qui vient de ce que le messager a été dit, par plaisanterie, et comme n'allant pas assez vite, boiteux. Proverbe. Il ne faut pas clocher devant les boiteux, c'est à dire il faut se garder de rien faire ou dire qui puisse rappeler aux gens un défaut naturel dont ils sont affectés. ![]() "le diable boiteux" (1754-1838) "Talleyrand était toujours en état de trahison, mais c'était de complicité avec la fortune. Sa circonspection était extrême; se conduisant avec ses amis comme s'ils devaient être ses ennemis, avec ses ennemis comme s'ils pouvaient devenir ses amis." - Napoléon Bonaparte. Il avait été, dans sa jeunesse, contraint de renoncer à son droit d'aînesse en faveur de son frère; un accident d'enfance - ou un pied bot de naissance - l'avait rendu boiteux. La carrière des armes lui étant interdite, il était donc voué à la voie ecclésiastique : "On me force à être ecclésiastique, on s'en repentira!" Grâce à son oncle, coadjuteur de l'archevêque de Reims, il obtint en bénéfice l'abbaye de Saint-Denis. Le jeune abbé vécut surtout à la Cour où il se fit remarquer par son esprit... et par les sommes considérables qu'il dépensait au jeu. En 1780, il était pourtant agent général du clergé; en 1786, il entrait dans la franc- maçonnerie. Deux ans plus tard, il était appelé à l'évêché d'Autun. En avril 1789, il fut élu député du clergé aux états généraux. Il se rangea du côté des patriotes, fut désigné pour le Comité de constitution et déposa, en novembre 1789, la proposition de confiscation des biens du clergé. En 1790, il prêtait serment à la Constitution civile du clergé et sacrait les nouveaux évêques. Le 14 juillet de la même année, il célébrait la messe sur l'autel de la patrie, à l'occasion de la Fête de la Fédération : "Je vous en prie, ne me faites pas rire !", aurait-il déclaré aux personnes qui l'entouraient... Il se réfugia en Angleterre pour échapper à l'arrestation que n'aurait pas manqué d'entraîner la découverte des documents secrets de l'armoire de fer de Louis XVI. Expulsé de Londres, il se réfugia aux États-Unis, où il vécut deux ans. Il était en liaison avec Madame de Staël, et c'est par son entremise qu'il fut recommandé auprès de Barras pour le portefeuille de ministre des Relations extérieures. Il appuya le projet d'expédition en Égypte puis, prévoyant la fin du Directoire, donna sa démission en 1798 et prépara l'avènement de Bonaparte. Après le coup d'État, il reprit le portefeuille des Affaires étrangères et présida à la signature des Traités de Lunéville et d'Amiens. Il fut comblé de faveurs par l'Empereur qui le fit chambellan en 1804, et prince de Bénévent en 1806. Mais Talleyrand souhaitait ménager l'Autriche, Napoléon y était hostile: peu à peu les deux hommes s'opposèrent. Son rôle dans la politique espagnole a été très discuté: "C'est lui qui a poussé à la guerre d'Espagne, bien que dans le public il eût l'art de s'y montrer contraire", dira Napoléon plus tard. La vengeance de l'Empereur fut de choisir comme résidence forcée des princes d'Espagne le château que Talleyrand avait acheté en 1803. Napoléon emmena son ministre à Erfurt en 1808, où Talleyrand trahit délibérément son maître en révélant au tsar la faiblesse de la position française. Les archives de Vienne ont montré également que Talleyrand avait touché de l'argent de l'Autriche. Il poursuivit ses intrigues de retour à Paris. En janvier 1809, il perdit sa charge de grand chambellan et devint l'adversaire irréconciliable de Napoléon. Appelé au Conseil de régence en 1814, il favorisa le retour des Bourbons. Louis XVIII en fit son ministre des Relations extérieures. Chargé de négocier le Traité de Paris, Talleyrand fut ensuite envoyé au Congrès de Vienne. Il y déploya des qualités exceptionnelles de diplomate mais laissa se développer la poussée prussienne vers la rive gauche du Rhin. De cette poussée devaient naître les guerres franco- allemandes du XIXe et du XXe siècle. Lors de la seconde Restauration, il forma avec Fouché un ministère qui fut balayé peu après par la Chambre ultra. Écarté des affaires politiques, il sut entrer en relation avec le duc d'Orléans. Devenu roi, Louis- Philippe l'envoya comme ambassadeur à Londres pour y réaliser l'Entente Cordiale. En 1834, Talleyrand se retira de la vie politique. Il mourut en 1838. Un site web sur Talleyrand très bien documenté... Lire également "claudication" |