OUÏR v. a. ("ou-ir". Des grammaires disent que ce mot a une demi-aspiration ; cela est contre l'usage qui élide l'é devant ouïr : l'ouïr. ) J'ois, tu ois, il oit, nous oyons, vous oyez, ils oient ; j'oyais, nous oyions ; j'ouïs, nous ouïmes ; j'oirai, nous oirons, ou j'orrai, nous orrons ; j'oirais, ou j'orrais ; oyons, oyez ; que j'oye, que nous oyions, qu'ils oient ; que j'ouïsse ; oyant ; ouï. Cette conjugaison, très régulière, est inusitée, excepté à l'infinitif présent et au participe passé, selon l'Académie ; mais il faut ajouter comme usités encore le parfait défini et l'imparfait du subjonctif ; les autres temps ne s'emploient que dans le style marotique ; pourtant il serait bien utile de remettre en usage "oyant" et de dire "en oyant", au lieu de "en entendant", qui est désagréable à l'oreille. 1 - Recevoir les sons par l'oreille, entendre. Il m'est avis que je l'ois qui tient ce langage à la fortune, Malh. Traité des bienf. de Sénèque, I, 9. [...] C'est un miracle que je n'entends point ; et, quand j'ai ouï des religieuses de Loudun parler latin et grec, je n'ai pas été si étonné. Volt. Lett. 45. [...] 2 - Ecouter, prêter attention, donner audience. Un juge doit ouïr les deux parties. [...] Quoi ! Mon père étant mort et presque entre mes bras, Son sang criera vengeance et je ne l'orrai pas. Corn. Cid, III, 3. [...] 3 - Ecouter favorablement, exaucer. Daignez ouïr mon voeu. 4 - Recevoir une déposition. Nous venons d'ouïr un martyr qui fait gloire d'avoir bien servi les empereurs à la guerre. Boss. 5e Avertiss. § 12. [...] 5 - Substantivement, l'oyant compte.
![]() Ludwig van Beethoven (1770-1827) Beethoven a commencé à souffrir de [la surdité] dès l'âge de vingt-six ans. On a souvent expliqué par là l'isolement volontaire qui a préservé Beethoven des influences, de la facilité ambiante, mais l'a incité à des hardiesses techniques incontrôlables, l'obligeant presque, à défaut de toute expérimentation sonore, à faire de sa musique une science abstraite. La part de vérité qui entre dans ces vues paraît moins déterminante qu'on ne l'a prétendu. Il est permis de se demander, à la suite de Romain Rolland, dans quelle mesure la surdité n'a pas agi comme un stimulant de la création beethovénienne, si paradoxal que cela puisse paraître. Un médecin, le docteur Marage, après avoir établi un diagnostic sur la nature exacte de la surdité de Beethoven, fait une remarque d'extrême importance : "Si Beethoven avait été atteint d'otite scléreuse, c'est-à-dire s'il avait été plongé dans le noir acoustique, intus et extra [absence de toute sensation auditive], il est probable, pour ne pas dire certain, qu'il n'aurait écrit aucune de ses oeuvres à partir de 1801 [...]. Mais sa surdité, d'origine labyrinthique, présentait cela de particulier que, si elle le retranchait du monde extérieur, elle avait l'avantage de maintenir ses centres auditifs dans un état constant d'excitation, en produisant des vibrations musicales et des bourdonnements qu'il percevait parfois avec tant d'intensité [...]. Si elle avait supprimé les vibrations extérieures, elle avait augmenté les bruits intérieurs." ![]() Oeuvres majeures composées par Beethoven après l'aggravation de sa surdité (1801): Les symphonies II à IX Fidelio, opéra Concertos pour piano III à V Ouverture de Coriolan Musique de scène pour Egmont Missa solemnis Sonates, de l'Opus 26 (Marche Funèbre) à l'opus 111 Variations Diabelli "De même que tu t'élances ici dans le tourbillon mondain, de même tu peux écrire des oeuvres en dépit de toutes les entraves qu'impose la société. Ne garde plus le secret de ta surdité, même dans ton art !" (Beethoven, note en marge de la partition des esquisses du IXe quatuor) Voir également "sourd" |