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Le Petit Handinaute : entrevue
Le Sénateur René Trégouët (Rassemblement Pour la République) est rapporteur spécial auprès de la Commission des Finances du Sénat des Budgets de la Recherche française, des Nouvelles Technologies et de l'Espace. Il est élu du Rhône, département dont il assure la vice-présidence du Conseil Général. Il publie une lettre électronique hebdomadaire d'actualité du Web, ART Flash.

M. René Trégouët


Le Petit Handinaute : Le Sénat a développé, bien avant les services de l'État et l'Assemblée Nationale, un site Internet présentant presque en temps réel ses travaux, la vie parlementaire, et permettant de dialoguer avec les sénateurs. Pourquoi est-ce le Sénat qui a innové ?

René Trégouët : Nous avons été quelques sénateurs (bien peu) à nous investir très tôt, sous l'autorité du Président Monory (le créateur du Futuroscope) dans l'utilisation des Nouvelles Technologies. Cela nous permet de réaliser une partie de notre travail en ligne (tel que le dépôt des amendements) mais cela changera encore bien plus notre vie dans ces prochaines années.

LPH : Comment utilisez-vous l'Internet ? Le contact direct, mais généralement anonyme, entre le parlementaire et le citoyen peut-il influer sur la vie démocratique ?

RT : Tout à fait . C'est ce que nous avons fait dernièrement avec la Loi sur les Logiciels libres que mon collègue Pierre Laffitte et moi-même avons déposée en Septembre dernier. Déjà plus de mille internautes sont venus, en ligne, nous faire des propositions pour faire évoluer notre texte.

LPH : Les services de l'État (ministères, administrations) disposent maintenant de sites informatifs, mais limités. Il n'est notamment pas possible d'effectuer des formalités à distance, à l'exception de la déclaration annuelle des revenus, ce qui serait pourtant utile à beaucoup de personnes handicapées. Comment concevez-vous la "web administration" ?

RT : Qu'elle soit accessible à tous et utilisable par tout le monde. Il ne faut pas que la "Web Administration" crée de nouveaux exclus.

LPH : Certaines personnes handicapées ont besoin de matériels spécifiques pour utiliser l'informatique, à titre personnel comme professionnel. Les aveugles utilisent une plage tactile braille et une synthèse vocale, les handicapés des membres supérieurs ont souvent besoin d'adaptations au cas par cas. La collectivité devrait-elle financer ces équipements, au nom de l'égalité des droits et des chances entre tous les citoyens ?

RT : Les financer totalement ne serait certainement pas bon . Il ne faut pas que handicapés soit synonyme d'assistés. Par contre la solidarité doit pleinement s'exprimer en apportant des aides substantielles... mais justes à tous ceux qui n'ont réellement pas les moyens d'acquérir ces équipements qui sont hautement nécessaires aux handicapés.

LPH : Une circulaire en date du 7 octobre 1999 présente les dispositions utiles pour rendre accessibles les sites ministériels et administratifs aux aveugles, malvoyants et handicapés des membres supérieurs. Ce texte n'a pas de caractère obligatoire. Une réglementation contraignante et étendue à l'ensemble des fournisseurs d'accès n'aurait-elle pas été plus indiquée, ainsi que cela se fait aux USA ? Le Parlement s'est-il intéressé à l'accès de tous à l'Internet ?

RT : Le Parlement ne s'est pas encore préoccupé de l'accès à Internet des personnes souffrant de handicaps .Cela est dommage mais est avant tout dû au retard culturel pris par les responsables de notre Pays dans la prise de conscience du rôle essentiel que vont jouer dans la vie de chacun ces nouvelles technologies... et cela est encore plus vrai pour les handicapés pour lesquels un accès facile à Internet est souvent un outil essentiel pour découvrir de nouveaux horizons donc retrouver quelque part un peu d'espoir. Il faudra donc que le Parlement prenne conscience (je m'y emploie) que l'accès à Internet pour tous les handicapés et les exclus est une décision majeure qui doit être prise sans retard.

LPH : De nombreux internautes jugent trop élevé le coût d'utilisation de l'Internet. L'inégalité existant entre l'accès forfaitaire par câble et le réseau téléphonique facturé au temps passé vous semble- t-elle normale ?

RT : Cela fait des années que je répète que l'accès forfaitaire est le seul qui soit équitable pour tous car il ne surajoute pas les handicaps liés à la durée et ceux aussi liés, selon la résidence, à la distance. J'espère que les technologies montantes (câble, ADSL) vont de plus en plus permettre cet accès forfaitaire pour un coût global tolérable.

LPH : Des services publics, et parfois même administratifs, ont développé des numéros d'appel téléphonique payants pour leurs prestations. Au moment ou la SNCF annonce la création d'un billet électronique, serait-il à votre avis normal qu'un tel service soit facturé au client alors qu'à terme il doit générer d'importantes économies ?

RT : Les institutions publiques doivent être capables (comme sont obligées par ailleurs de le faire les entreprises placées en économie de marché) de répercuter sur leurs clients les économies substantielles qu'elles peuvent réaliser grâce aux Nouvelles Technologies . L'économie Internet n'a rien de comparable avec l'économie Minitel : c'est en quoi elle est formidable.

LPH : Comment le parti politique auquel vous appartenez utilise-t-il l'Internet ?

RT : Il l'utilise encore bien mal. Si les partis politiques veulent encore être crédibles dans ces prochaines années, il va leur falloir comme les responsables politiques savoir descendre de leurs pyramides pour se ressourcer dans les réseaux. Sinon ils n'auront plus de militants donc plus aucun pouvoir... parce que entièrement déconnectés de la base.

LPH : Quelle utilisation personnelle avez-vous de l'Internet ? Qu'en attendez-vous ?

RT : C'est pour moi, jour après jour, un outil extraordinaire pour accéder à de nouveaux savoirs. Grâce à Internet je découvre quotidiennement des personnes qui avec bon sens m'apprennent beaucoup de choses et me confirment qu'un trait essentiel de ce monde nouveau est l'humilité . Il n'y a pas dans Internet ces hiérarchies qui faussent tellement nos relations dans nos vieilles sociétés trop policées.

Propos recueillis par Laurent Lejard



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