
SUR SCÈNE ET DANS LES SALLES. Tel était le thème d'une rencontre publique organisée par la Maison du Off, dans le cadre du festival d'Avignon. L'endroit est agréable ; une cour ombragée, au fond d'un couloir parsemé de distributeurs de flyers présentant les spectacles. Autour de la table, une partie de l'équipe du Théâtre de 7 lieues : Génestia Giachino, Juliette Croizat et Michel Alban ; Edna Fainaru, productrice et agent de Bruno Netter ; Jean-Paul Viot, metteur en scène ; Johann Le Guillerm, auteur et interprète de "Cirque Ici - Où ça ?" (lire ici un compte-rendu de ce spectacle); Sophie Parodi, de la compagnie Tétines et Biberons ; et quelques anonymes... Histoire de se chauffer, on évoque Helen Keller dont la vie est présentée par le Théâtre de 7 lieues (voir l'article que nous lui consacrons). Nous sommes entrés dans le vif du sujet grâce à l'intervention d'un auditeur anonyme. Voici quelques morceaux choisis de ce débat. X : La cécité, c'est mon monde à moi ; je suis en train d'y entrer progressivement. Il y a des gens qui sont à la fenêtre et regardent passer la vie. Moi je peux faire des choses. Michel Alban : Il n'y a pas en France de comédiens professionnels malvoyants, à l'exception de Bruno Netter. Devenu presque aveugle, il poursuit néanmoins sa carrière et a participé récemment à deux pièces présentées par le Théâtre de la Tempête d'Ariane Mnouchkine. La plupart des expériences théâtrales montées par ou pour des personnes handicapées se sont arrêtées faute de moyens. Sophie Parodi : Il y a une réelle réticence des responsables de programmation et des producteurs à mettre en scène des personnes handicapées. Celles-ci peuvent difficilement obtenir le statut d'intermittent du spectacle et vivre de leur travail de comédien. L'accès aux théâtres pose aussi un problème ; le prix des places peut être dissuasif pour ceux qui ont des petits revenus. C'est pour cela que notre compagnie lance une action en direction des théâtres de la région provençale pour la mise en place d'un tarif préférentiel, avec une réflexion sur l'accessibilité de leurs salles. Jean-Paul Viot : J'ai travaillé avec le Groupement pour l'Insertion des Personnes Handicapées (GIPH). Les théâtres n'achètent pas volontiers les spectacles présentant des personnes handicapées, même si les directeurs des centres dramatiques nationaux commencent à s'approprier le discours de la "marginalité" ; jusqu'à présent, ils se contentent de satisfaire le cahier des charges qui leur est imposé par le ministère de la Culture et soignent leur profil de carrière. L'activité théâtrale est aussi un bouleversement pour la vie sociale des handicapés ; comment peuvent-ils faire face au travail sans horaires fixes des répétitions, aux déplacements occasionnés par les tournées ? Avec l'obligation de présenter un spectacle professionnel, fort. Edna Fainaru : Le discours officiel du ministère, c'est "différencier". Il considère que le travail social n'est pas forcément un objet de création artistique. Handicapé ou non, il faut montrer un spectacle de qualité et remplir la salle. Jean-Paul Viot : Que renvoie-t-on comme modèle de représentation ? Un aveugle jouant un rôle d'aveugle ou un rôle dans lequel le handicap est un accessoire du personnage? Il faut arrêter de considérer l'aveugle en tant que tel pour trouver l'essence du personnage. Et chercher des solutions plus adaptées à la représentation du handicap. Sophie Parodi : Travailler avec des handicapés n'est pas plus difficile mais différent. Jean-Paul Viot : A mon sens, il faut mélanger, intégrer les handicapés et les valides dans les écoles de théâtre. Le handicap, sur la scène, n'est pas forcément un handicap. Et je sais qu'il y a des débouchés professionnels pour les handicapés au théâtre comme au cinéma. |