
ENGLAND VS FRANCE Avec cette pièce, William Shakespeare relate une période des relations tumultueuses entre l'Angleterre et la France, de la revendication du royaume de France par le jeune roi Henry V jusqu'à la paix de Troyes en passant par le désastre d'Azincourt, l'ensemble joyeusement entrecoupé des (més)aventures des comparses de Falstaff, le trio Pistolet- Nym- Bardolph. Le texte a été resserré pour maintenir un rythme enlevé à l'action. La mise en scène de Jean- Louis Benoit met en valeur le jeu des comédiens en évitant de le diluer dans l'immensité du plateau ; en son centre, les murs d'un château fort, représenté à la manière des miniatures des manuscrits du Moyen- Âge. Les réflexions et les contradictions d'un roi qui fait la guerre parce qu'il y est contraint sont pleinement traduites par un Philippe Torreton souverain. Les comparses de Falstaff, truculents à souhait, et la scène d'apprentissage de la langue anglaise entre Catherine et sa dame d'honneur, sont des instants de divertissement dans ce combat des Nations. Un moment de théâtre comme on en rêve l'année durant, et que l'on accueille comme la juste récompense d'une longue attente ! ![]() Disons-le d'emblée, Henry V n'a rencontré à Avignon qu'un succès d'estime. Dommage ! Parce qu'enfin qu'est-ce que le public a boudé ? Un texte qui glorifie un monarque anglais et ridiculise la monarchie française, dont le chef est une marionnette apeurée entre les mains de nobles décidés coûte que coûte à maintenir leurs privilèges, fut-ce au prix d'une guerre ? Il est vrai que Shakespeare n'y va pas avec le dos de la cuiller, en présentant Henry V comme le modèle des souverains et des guerriers, dur avec les traîtres et les voleurs, miséricordieux pour les vaincus. Henry V n'avait jamais été représenté en France ; on comprend mieux aujourd'hui pourquoi... ! |