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Le Petit Handinaute Illustré - Carnets de festivals 1999 : 'Viva la Frida Kahlo !' au Festival Off d'Avignon
PEINTURE DE LA DOULEUR,
OU "VIVA LA FRIDA KAHLO !"


Frida Kahlo reste un symbole vivant pour les mexicains. Touchée par la polio durant son enfance, le dos brisé lors d'un accident de tramway à l'âge des premiers amours, femme amputée d'une jambe, elle emplit sa peinture de sa souffrance tout autant qu'elle menât une vie tumultueuse avec le peintre muraliste et militant communiste Diego Rivera.

image : Guadalupe Bocanegra en icône de Frida Kahlo. Photo Serge Vuiant


Guadalupe Bocanegra est seule sur scène. Sur un texte et une mise en scène de Enrique Pineda, elle est une femme tourmentée par les douleurs de son corps, avec une volonté de vivre malgré tout une vie de femme à en collectionner amants et amantes, et à trouver un exutoire à la souffrance dans la peinture de son corps massacré.

Cette adaptation n'a pas cherché à toutes fins l'authenticité, mais elle puise sa force dans l'âme mexicaine dont la mise en scène est très imprégnée. Guadalupe Bocanegra est Frida Kahlo, dont elle nous fait ressentir physiquement à la fois toute la détresse et toute la joie de vivre. On rit avec elle, on est mélancolique avec elle, on pleure avec elle. Un charme, une présence scénique, une composition d'actrice exceptionnels, un grand moment d'humanité. Et au salut final, les larmes du public se joignent à celles de la comédienne...

image : Guadalupe Bocanegra et la danse macabre de Frida Kahlo. Photo Serge Vuiant


Nous avons demandé à Guadalupe Bocanegra de nous aider à mieux comprendre qui était Frida Kahlo, et la place qu'elle tient dans le coeur des mexicains.

LPHI : La mort est très présente dans la pièce. Frida danse même avec elle ; par jeu ou par défi?

Guadalupe Bocanegra : L'approche de la mort est différente au Mexique. On joue avec elle, on la défie pour mieux s'en défendre. Frida Kahlo est issue de ce syncrétisme mexicain. Sa souffrance est très forte mais elle est aussi un tremplin pour son envie de vivre. C'est dans sa peinture qu'elle a exprimé sa souffrance et sa douleur. Elle n'était engagée qu'avec elle-même, pas avec le Parti Communiste, à la différence de Diego Rivera dont la peinture est la parole, l'expression. Frida, elle, est folklorique, exotique, libre de moeurs, c'est une femme complète, une Galla mexicaine. C'est pour cela qu'elle s'est séparé de Diego, pour exister par elle-même.

LPHI : Comment les mexicains la perçoivent-ils, 45 ans après sa mort ?

G B : Ils la voient comme une vierge, une sainte vénérée. Ma tante l'a connue : Frida faisait partie d'un groupe de fêtards noctambules. Elle avait des étincelles dans les yeux, parlait un langage grossier d'une voix cassée par le tabac, l'alcool, les médicaments. Elle riait aux éclats. Pourtant sur les photos on ne la voit jamais rire : ses dents étaient pourries, elle prenait soin de les cacher. Elle faisait oublier sa polio par son charme, et en enfilant plusieurs paires de bas sur sa jambe amaigrie. C'est sa mère qui lui a donné cette force de caractère ; elle était native de Guadaca, contrée dans laquelle les femmes ont le pas sur l'homme, sortent, boivent, se battent. Vous savez, les rapports entre les hommes et les femmes restent passionnés au Mexique !

LPHI : Dans la pièce, lorsque vous vous êtes assise dans le fauteuil roulant, il y a eu comme un froid dans la salle. Comment ressentez-vous ce rapport au fauteuil, dans lequel vous effectuez d'ailleurs votre parade au fil des rues d'Avignon ?

G B : Au cours de la parade, les gens regardent le fauteuil, puis l'affiche qui le surmonte, puis la femme qui y est assise. J'ai vu de la pitié dans le regard des gens mais aussi de la compassion, de l'admiration, de la condescendance. L'image est forte... et la parade marche bien !

LPHI : D'autres auteurs ont évoqué Frida Kahlo. Un autre spectacle du festival Off est d'ailleurs consacré à sa vie...

G B : Je trouve que les autres présentations théâtrales du personnage de Frida sont superficielles, trop poétiques et intellectuelles. Son personnage est souvent idéalisé et rendu irréel. Elle était simplement une femme terre à terre qui respirait la joie de vivre.

"Viva la Frida Kahlo !" sera représentée en juillet 2000 au Festival Off d'Avignon (Du 6 au 30 juillet, Théâtre du Cabestan, 11 rue Collège de la Croix. La salle est accessible en fauteuil roulant. Renseignements : 04 90 86 11 74). Lire ici une définition du terme "médullaire" suivie d'une biographie de la "vraie" Frida Kahlo...

Compagnie Universidad Veracruzana du Mexique.


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