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Le Petit Handinaute Illustré - Carnets de festivals 1999 : les Rencontres Internationales de la Photographie d'Arles
FLOU, REFLETS, INSECTES ET DÉLIRE,
OU
LES RENCONTRES INTERNATIONALES
DE LA PHOTOGRAPHIE D'ARLES


Lire ici la programmation 2000


7 juillet : Oh quel beau cocktail ! Il faut dire qu'il y avait Catherine Trautmann, ministre de la culture, entourée des autorités régionales et départementales, pour une inauguration bien officielle des 30e Rencontres Internationales de la Photographie d'Arles. Avec dans son escarcelle quelques millions de francs pour améliorer la présentation des images dans les lieux d'exposition. L'auditoire frétillait d'impatience à l'idée d'assiéger un buffet hélas fort maigrichon ; quant aux fleurs de l'espace Van Gogh, elles subirent les assauts des sandales impatientes...

Le lendemain, votre serviteur se faisait tirer le portrait sous le feu roulant des questions d'une journaliste de France-Inter : "comment vous sentez-vous avant cette séance ?" et après le cliché "votre appréhension d'être photographié en public, comment vous trouvez-vous sur la photo ?". Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour avoir son badge Presse ! Partout en ville, beaucoup de gens s'activent et s'affairent. Les Leica flambants neufs sont de sortie. Clergue (Lucien) est interviewé dans la rue. On photographie tout. Au bureau des rencontres, Photo Service propose un espace d'exposition ouvert à tous... après passage obligé au jury ; l'encadrement et l'accrochage des images laissent à désirer. Les affichettes et flyers des expos du "off" fleurissent partout ; Arles s'habille en photo dans toutes ses rues étroites, le moindre restaurant, le plus petit bar montre de l'image.

Coté expos, des déceptions et quelques plaisirs. Le flou et les reflets, reviennent dans beaucoup de présentations, tel un leitmotiv de la modernité ; à vous donner envie de faire tirer en grand vos photographies ratées! Quelques beaux moments quand même dans le travail de Denis Roche à la Commanderie Sainte- Luce. L'actionnisme viennois, présenté à la Chapelle du Méjan, a bien vieilli en trente cinq années ; images gore cohabitant avec du porno pour intellos, le tout arrosé d'une sauce provoc qui ne susciterait plus aujourd'hui l'attention des pandores. Dans le même lieu, Michaëla Moscouw se montraient sous toutes les coutures, avec notamment une succession de portraits grimaçants bien intéressante. L'abstraction frappait fort à l'Espace Van Gogh, pour le plus grand plaisir des plasticiens torturés. La Caisse d'Épargne présentait une nouvelle fois un travail pédagogique : "convergences", ou la vie croisée de collégiens arlésiens et néerlandais, à base de photos mises en parallèle : maisons, collège, parents, ville... Attrayant et techniquement bien réalisé.

Le plaisir est venu des américains ; Lee Friedlander et sa mise en dérision des monuments et statues américains, Walker Evans qui photographia les States durant la dépression des années trente, Shelby Lee Adams qui nous montre que la misère matérielle et morale frappe encore durement quelques coins des USA. L'enchantement nous a été prodigué par les insectes de Dards d'Art, présentés dans tous leurs états au Musée Réattu ; peu de photos, mais des installations, sculptures et dessins, une grande diversité de représentations de ces animaux que généralement l'humain exècre. Cette expo se poursuit jusqu'au 10 octobre, dans un lieu dont seul le rez-de-chaussée est accessible aux handicapés moteurs.

image : Hubert Duprat, larve aquatique de trichoptère dans son étui d'or serti de pierres précieuses. Photo DR


Les Rencontres, ce sont aussi des projections d'images, la nuit venue. Le "tout photo" est là en ce 9 juillet, le maire aussi, en chemisette à carreaux "très tendance". Une extravagante a drainé ses trois chiens qui attaquent les gens dans l'obscurité. On photographie la foule. Le prix Oskar Barnack-Leica est remis à Claudine Doury face à un public évoluant entre indifférence et intérêt mou. On applaudit davantage le travail des photographes qui n'ont pas été primés. Claudine Doury, de l'agence Vu, a réalisé un travail d'ethnologue ; la Sibérie profonde, une tribu, ciel blanc horizon blanc neige blanche et un peu de noir avec les personnages et leurs quelques éléments décoratifs : yourtes, bétail, enfants... Scènes de genre obligées : vieille énucléée, papa veillant son enfant dans la yourte... Récompense : 10.000 DM.

La soirée est consacrée au Harper's Bazaar. Ce célèbre magazine de mode américain a connu sa période faste de la Grande Dépression jusqu'à l'après-guerre. On s'amusait bien aux States pendant que le reste du monde était à feu et à sang !

Après un propos de Gilles Mora (Directeur artistique) justifiant les parties musicales, nouveauté de l'année apparemment contestées par les puristes, la projection commence par des images floues ! Nous voyons le parcours de Lillian Bassman, présente au théâtre, et Louise Dhal Wolfe dans la revue ; nous ne saurons rien par contre de leur travail extérieur et notamment des 40 ans d'activité de Lillian Bassman entre Bazaar et Detour. Surprise : au passage d'une photo, on constate que "née de la Vague", célèbre image de Lucien Clergue, avait été faite quelques années auparavant par Madame Bassman ! Hommage du public, photo et bouquet de fleurs... Puis une tornade envahit le théâtre antique !

Ulrika von Glott vient d'entrer en scène, chante après son "Siegfried, qui l'attend là bas dans la forêt". Le public est surpris, scotché dans les fauteuils, décontenancé, difficile à dégeler. Cet éclaté de "l'Ultima Récital" fait des ravages : les blagues fusent sur les blondes qui passent, Gilles Mora est agoni de french kisses, les riches et les invités de la mairie sont sommés de grogner "le sanglier furieux", les pauvres des côtés gloussent "le dindon amoureux", les femmes crient Siegfried, les hommes Ulrika. Au final, on ne voit pas vraiment le lien entre les photos glamour du Harper's Bazaar et le délire scénique de la von Glott, mais on a ri à en avoir mal au ventre. Tant pis pour les pisse-froid !

La ville d'Arles et l'administration des Rencontres ne semblent avoir fait aucun effort pour essayer d'améliorer l'accessibilité au Théâtre Antique comme aux lieux d'expositions. Les personnes handicapées ne s'y sont pas trompées: il n'y en avait pas !


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