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Le Petit Handinaute Illustré - Carnets de festivals 1999 : le Festival d'Art Lyrique d'Aix-en-Provence

Lire ici la programmation 2000

SNOBISSIMO,
OU DEUX SOIRÉES AU FESTIVAL D'ART LYRIQUE
D'AIX-EN-PROVENCE 1999


image : Poppée - Mireille Delunsch - et Arnalta - Jean-Paul Fauchécourt. Photo E. Carecchio/Paris


Le Couronnement de Poppée fut un enchantement musical et vocal. Passée la surprise d'un Néron chanté par une femme, la mezzo-soprano Anne-Sofie von Otter, nous étions conquis par la beauté des voix. Autre curiosité : la basse profonde du juvénile Denis Sedov dans son interprétation de Sénèque (la valeur n'attend pas le nombre des années). Quand aux lamentations d'Octavie, épouse délaissée par Néron, elles étaient à fendre l'âme. Les interventions d'Arnalta, chantées par Jean-Paul Fauchécourt, venaient heureusement égayer une mise en scène au demeurant un peu terne. Cette Poppée resta en outre sans couronne : lubie de metteur en scène ? La scène du couronnement fut coupée, peut-être à cause de l'absence de cuivres au sein des Musiciens du Louvre. Mais comment considérer la présence de ces arbres immenses placés au premier plan du décor et qui rendaient l'action invisible au quart des spectateurs... dont les personnes en fauteuil roulant ?

image : Masetto - Till Fechner - et Zerlina - Lisa Larsson. Photo E. Carecchio/Paris


Don Giovanni est une production de l'année dernière. Le metteur en scène Peter Brook a voulu une scène dépouillée, presque zen : quelques bancs, des poteaux fichés à l'intérieur, un carré jaune, un fond noir. La distribution est homogène, composée de chanteurs bien dirigés, physiquement attrayants et crédibles dans leurs rôles, vocalement corrects sans plus. Elvira avait une voix de petit chat dans son "Ah chi mi dice mai". Quand à Roberto Scaltriti - Don Giovanni - s'il n'a pas tout à fait la voix du rôle, il en a l'abattage. Gilles Cachemaille campait un Leporello vivant et trucculent. Roberto Saccà - Don Ottavio - fut à l'image de la plupart des Ottavio : terne et sans les notes, il rata même une de ses entrées. Au pupitre, "le jeune chef qui promet" Daniel Harding dirige sur des tempi baroques : tonalité surprenante, cuivres étouffés, timbales tonitruantes, le tout sur un rythme TGV! Les spectateurs en ont raffolé... au salut uniquement collectif, pour davantage marquer l'homogénéité et la cohésion de ce spectacle.

Le public d'Aix est toujours aussi snob et collet monté. Il exhale des parfums chers, les robes de soirées sortent de la naphtaline, même si l'on a pu voir un américain coiffé d'une casquette du tour de France cycliste. Faut dire qu'à 1.200FF la place... Les "pauvres" doivent se contenter de côtés à 150FF. Quand aux personnes en fauteuil roulant, elles devaient être aidées pour "sauter" le seuil qui mène à la salle ; il suffisait pourtant de placer, comme promis, une simple rampe amovible, et tout le monde aurait été content.

Décidément, le Festival d'Art Lyrique d'Aix se veut élitiste et tient à le demeurer...


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